Etna dernière éruption et cendres volcaniques : quels dangers pour la santé ?

Le 2 juin 2025, l’Etna a produit une avalanche de débris volcaniques qui s’est propagée à 140 km/h sur environ 3 km, générant une nuée dense de 5 km de hauteur. L’événement a marqué les esprits, mais les cendres retombées sur Catane et les communes voisines posent une question moins spectaculaire et plus insidieuse : que respirent les habitants quand la colonne de fumée se dissipe et que les caméras se détournent ?

Cendres volcaniques de l’Etna : une composition qui rassure en surface

Les analyses récentes de la composition des cendres émises par l’Etna montrent qu’elles contiennent peu de fluor, à la différence de volcans explosifs comme ceux d’Islande. Ce faible taux de fluor écarte un risque chronique bien documenté ailleurs : la fluorose dentaire et osseuse, qui touche le bétail et les populations exposées sur de longues périodes.

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Cette particularité est souvent mise en avant pour relativiser le danger sanitaire. Elle ne doit pas masquer l’autre face du problème. Les particules fines et ultrafines restent présentes dans les cendres de l’Etna, et ce sont elles qui pénètrent profondément dans les voies respiratoires.

Femme portant un masque de protection contre les cendres volcaniques de l'Etna sur un balcon en Sicile, poussière volcanique visible sur la surface

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La granulométrie des cendres varie selon l’intensité de l’éruption. Lors d’épisodes paroxysmaux comme celui de juin 2025, une fraction significative des particules émises atteint des tailles comparables aux PM2.5 et PM10 mesurées dans la pollution urbaine classique. À cette échelle, les cendres ne se contentent pas de gêner : elles atteignent les alvéoles pulmonaires.

Re-suspension des cendres après l’éruption : la pollution invisible de Catane

L’éruption elle-même ne représente qu’une fraction de l’exposition totale. Une fois déposées au sol, les cendres sèches sont remises en suspension par le vent, la circulation automobile et le simple piétinement. Ce phénomène de re-suspension prolonge l’exposition aux particules fines pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines après l’événement initial.

Les retours d’expérience sur d’autres volcans très actifs (Islande, Caraïbes) confirment ce risque. Tant que les cendres n’ont pas été nettoyées par voie humide ou évacuées mécaniquement, elles constituent un réservoir de pollution mobilisable à chaque passage de véhicule ou rafale de vent.

À Catane, la densité du trafic et l’urbanisation favorisent cette re-suspension. Les balayeuses municipales interviennent rapidement après chaque retombée, mais les rues secondaires, les cours d’immeubles et les toitures restent souvent couvertes pendant des jours. La couverture médiatique s’arrête bien avant la fin de l’exposition réelle des habitants.

Stratégies de nettoyage et leurs limites

Le nettoyage humide (arrosage des chaussées, lavage des façades) reste la méthode la plus efficace pour éviter la re-suspension. Le balayage à sec, en revanche, aggrave le problème en fragmentant les agrégats de cendres et en libérant les particules les plus fines.

Les communes situées sur les pentes de l’Etna disposent rarement de moyens comparables à ceux de Catane. Les retombées y sont souvent plus épaisses, le nettoyage plus lent, et l’exposition prolongée d’autant.

Effet cocktail : quand les cendres volcaniques croisent la pollution urbaine

Un axe de recherche encore peu relayé concerne la synergie entre les cendres volcaniques et les polluants atmosphériques déjà présents dans l’air. La littérature récente en toxicologie environnementale souligne que les cendres peuvent agir en synergie avec l’ozone, le NO₂ et les particules du trafic, augmentant la réponse inflammatoire des voies respiratoires.

Le point critique : chaque polluant pris isolément peut rester sous ses seuils réglementaires de danger. La combinaison des deux, en revanche, produit une réponse biologique amplifiée. Les stations de mesure de qualité de l’air évaluent chaque polluant séparément. Aucun indice composite ne rend compte de cette charge cumulée sur les bronches d’un habitant de Catane exposé simultanément aux gaz d’échappement et aux retombées volcaniques.

Voiture recouverte de cendres volcaniques grises de l'Etna dans une rue d'un village sicilien, retombées volcaniques sur les surfaces urbaines

Qui est le plus exposé ?

Les populations à risque face à cet effet cocktail ne diffèrent pas de celles identifiées pour la pollution classique, mais leur exposition est aggravée par la fréquence des éruptions :

  • Les personnes asthmatiques ou souffrant de bronchopneumopathie chronique, dont les muqueuses respiratoires réagissent plus fortement à l’association cendres-polluants urbains
  • Les enfants, dont le volume respiratoire rapporté au poids corporel est plus élevé et qui passent davantage de temps en activité physique extérieure
  • Les travailleurs en extérieur (agriculture, BTP, voirie) sur les communes de la pente, exposés à la fois aux retombées directes et à la re-suspension quotidienne

Expositions répétées à faibles doses : un angle mort sanitaire sur les pentes de l’Etna

L’Etna a connu une soixantaine d’éruptions sur les deux dernières années et 14 depuis le début de l’année 2025, selon le volcanologue Patrick Allard (CNRS). Chaque épisode dépose une couche de cendres, parfois fine, parfois épaisse. Pris individuellement, aucun de ces dépôts ne déclenche d’alerte sanitaire majeure.

La question qui se pose porte sur l’accumulation. Les données disponibles ne permettent pas de conclure sur les effets à long terme d’une exposition répétée à de faibles doses de cendres volcaniques combinées à la pollution de fond. Les études épidémiologiques sur les populations vivant à proximité de volcans actifs restent rares et méthodologiquement complexes (facteurs confondants nombreux, mobilité des populations, absence de cohortes suivies sur plusieurs décennies).

Ce que l’on sait des particules fines d’origine industrielle ou automobile suggère qu’une exposition chronique, même à des niveaux modérés, augmente le risque de pathologies respiratoires et cardiovasculaires. Transposer ces résultats aux cendres volcaniques reste un exercice prudent, car la composition minérale diffère. En revanche, la fraction ultrafine des cendres partage des propriétés physiques (taille, capacité de pénétration pulmonaire) avec les particules les plus nocives de la pollution urbaine.

Ce que les habitants peuvent faire concrètement

  • Porter un masque FFP2 lors des retombées et dans les jours qui suivent, y compris pour le nettoyage des espaces extérieurs
  • Privilégier le nettoyage humide des surfaces (cours, balcons, véhicules) pour éviter la re-suspension des particules fines
  • Limiter les activités physiques en extérieur dans les 48 à 72 heures suivant une retombée de cendres, en particulier pour les enfants et les personnes souffrant de pathologies respiratoires
  • Consulter les données de qualité de l’air locales, tout en gardant à l’esprit que les indices officiels ne mesurent pas l’effet combiné cendres-polluants urbains

L’Etna continuera d’émettre des cendres à un rythme soutenu. La gestion du risque sanitaire ne peut pas reposer uniquement sur l’alerte au moment de l’éruption. C’est dans les jours et les semaines qui suivent, quand la cendre sèche redevient invisible à l’œil nu mais reste mobilisable par le moindre courant d’air, que l’exposition réelle des habitants se joue.

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